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Poesia

L’arbre de demain


albero

Autrefois je grimpais à toi, les pieds nus,

de branche en branche, presque jusqu’à ta cime

où je m’arrêtais par respect,

par peur, tellement tu étais immense.

.

La branche la plus basse maintenant tu l’as perdue,

pour donner de l’âge le bon exemple,

la suivante ne me voit quasiment pas

étant accoutumée à un enfant

et, puisque j’ai vieilli, elle ne me reconnaît guère.

.

Toutefois, nous en fîmes, des batailles

des abordages sur les ponts des navires

à l’aide de cordes que je lançais de tes branches .

.

Ce Tarzan-là, matelot, ses illusions.

.

Nous gagnâmes parfois,

d’autres fois je rapportais les blessures,

les coudes écorchés et les genoux aussi,

ce sang-là mêlé à la poussière de bois,

les cris forts, les hurlements. Avec cet orgueil

auquel je ne renonce pas.

.

C’est toujours toi aussi précis qu’à cette époque-là

près du cimetière du village,

mon père, là, repose à ton ombre.

A ce moment-là je ne pensais pas à mes os.

.

Les îles lointaines conquises

étaient des routes que j’ai parcourues rapidement

des lieux dont très souvent je ne me souviens pas.

Cette fillette-là, je ne l’ai pas eue,

mais je l’aime encore, je ne l’ai pas oubliée.

.

Personne n’est au courant de toi et des moments

où, seul, je courais à perdre haleine

jusqu’à tes branches, jusqu’à ton ombre.

.

Je pourrais te parler encore à l’infini,

rapporter ici près de toi tout mon temps

combien de fois je me suis caché dans d’autres bois,

mais je sais que je parle et j’écris dans une langue

qui n’a pas de sens, qui ne t’appartient pas.

.

Notre rendez-vous devra me suffire.

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Abner Rossi – Fiorenza Dal Corso

1° Giugno 2021.

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A travers les étoiles du ciel


terraJe regarde souvent en haut “cette pelote à épingles”

en me demandant si mon intéret d’homme curieux

est vraiment haut, je suis en effet  trop distrait

et provisoire.

.

Cela me rappelle ma grand-mère

lorsqu’elle cousait pour toute la famille

et pour moi elle faisait des pantalons courts

et des chemises à carreaux:

elle marquait à la craie les endroits à couper

et les fixait avec des centaines d’épingles,

quelques unes vieilles et noircies, d’ autres brillantes

dans une faible lumière, sur sa chaise de cuisine.

.

Elle procédait au hasard,

aussi bien qu’ au hasard me paraît ce ciel haut.

Plus probables que les souvenirs

je pense que là-haut il existe des personnes

qui, après leur vie, vivent d’autres histoires.

.

Patientes, elles saluent avec une lumière clignotante,

endurent les nuages, luttent pour être vues,

tournent, se montrent pour toujours et par amour.

.

Les plus grandes sont originaires de mon village,

des familles entières, pas à pas, main dans la main,

d’autres sont aussi seules que des îles à découvrir,

mais ce n’est qu’une saison provisoire, intemporelle,

elles attendent des lumières d’âme pour être en compagnie.

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Abner Rossi – Fiorenza Del Corso

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En langue martienne standard


marziano-2-1

Je viens de recevoir, juste moi-même

non expérimenté en langues et traductions

des mots extraterrestres

drôles, écrits avec des points et des équations

passés par des planètes, des lunes, des espaces extrèmes,

une matière aussi obscure que la poésie d’un poète.

.

Pour le moment je sais que c’est une femme qui m’écrit

ou du moins celui qui m’écrit c’est celui qui crée ces messages.

Je m’excuse pour mes paramètres terrestres,

pour les interprétations qu’on utilise chez nous,

pour la grande quantité de sons que j’emploie en parlant.

.

Si je pouvais les apprendre, j’utiliserais ces caractères-là

parmi lesquels “je t’aime” est constitué de trois points d’affilée,

une ligne brève de fermeture et au-dessous enfin

un point plus marqué, presque un baiser.

.

Timidement je demande des renseignements:

l’heure de Mars en ce moment, par exemple,

de quelle couleur est la peau d’un martien,

s’ils vont à l’église, ce qu’ils font pour être heureux,

s’ils meurent eux aussi, s’ils travaillent ou pas,

s’ils ont des maisons, des rivières, de vieilles grand-mères.

.

Je compte sur le fait qu’ils ne répondront pas

Au contraire….

Voilà que je viens de recevoir la transmission

de pages et de pages de formules numériques longues et brèves,

trop de points quasiment tous noirs, quelques couleurs.

.

La dernière page est transparente, vague, elle semble de la fumée

au milieu est dessiné un grand point,

un cercle presque parfait fait à la main

comme celui d’un enfant qui apprend à dessiner;

ce cercle palpite et entre comme l’air que je respire,

je comprends que ce sont des salutations, à peu près des signes de notes

douces et fortes

telle une embrassade rouge feu.

—-

Fiorenza Dal Corso – Abner Rossi

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Une dame agée


anziana

Souvent on va par habitude

de temps à autre la vie est un vice et un espoir

presque jamais un souffle apprécié, un embrassement,

quelque chose à saisir au vol.

Je le sais, on aime circoncire les rêves

les tenir enfermés, ensevelis, trahis,

submergés par mille mots non dits

ou dits aux dépens du rien .

Vous connaissez tous cette littérature

qui dit du mal en écrivant à elle-même, couronnée,

amenée dans des salons où le velours abonde

et où le dernier génie se loue et se regarde dans la glace.

L’écriture est une dame agée

qui passe son temps dans la rue

elle est vivante, combat, ne connaît pas de nobles escaliers

et sait bien que monter implique fatigue, sueur, anarchie.

Une pensée à transformer, biffer,

corriger, teindre des couleurs de la nuit

et de l’insomnie quand elle s’ouvre au matin,

si en plus il y a de la boue et du vent qui sonne

alors tout est parfait

et finalement la dame âgée prend son vol.

Abner Rossi – Fiorenza Dal Corso

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Un rêve en fa majeur


bini-2021

J’allais expédier

quatre personnes différentes dans un autre monde

ou peut-être c’était un endroit de ce monde-ci

mais encore à découvrir et inconnu.

Les quais du port étaient vides

les transports passagers venaient de partir

pour où et quand nous ne le saurons jamais.

Ainsi les bateaux de plaisance des touristes,

les bateaux de pêche étaient-ils  au large depuis longtemps.

Sur les récifs  stationnaient deux locomotives

immobiles , rouillées, à moitié submergées

quelques mouchoirs blancs pendaient aux fenêtres,

on entendait le son du ressac contre le métal.

Heureusement qu’il ne pleuvait pas, je ne l’aurais pas toléré.

En continuant: le soleil brillait, je disais,

quelques chiens traînaient des humains

et des humains inhumains sans visage;

c’était un silence d’attente, de bourrasque

on sait qu’à la mer un rêve ne dure pas longtemps

autant  qu’un  château sur le sable, et après

je n’avais pas prévu la plage, j’étais nu,

même pas très beau, je l’avoue.

J’y vais? Je n’y vais pas? Il est trop tôt ce matin

je vois un gratte-ciel parmi les parasols

je suis un artiste de l’improvisation

j’aime être l’architecte de mon rêve

me mettre à nu dans ma création.

Si j’étais sûr d’être moi-même, nom et prénom

cheveux blancs, rides, mal de tête et sommeil

âge, misères et expériences avec,

je me jetterais à l’eau, si elle existait.

Je découvre par hasard qu’on ne fait pas de rêves

ce sont eux qui te font et te défont.

De même que ce poème, très différent,

mais qui n’a pas voulu mon stylo.

FIORENZA DAL CORSO – ABNER ROSSI